PERCHÉE, UNE MAISON EN SUSPENSION DANS LA FORÊT

Perchée s’inscrit dans une clairière naturelle, au cœur d’un terrain boisé d’érables dont la pente glisse vers une vallée traversée par une rivière. Plutôt que d’imposer une présence, la maison se fond dans le mouvement du sol, cherchant la justesse du geste plutôt que son empreinte. Son implantation a été pensée pour limiter le déboisement et préserver ce qui fait la qualité première du lieu : la sensation d’être réellement entouré par les arbres.

Ici, l’architecture ne corrige pas la topographie, elle s’y suspend. Les planchers et les toitures prolongés orientent les vues et dessinent une clairière autour du bâti. De loin, la maison apparaît comme une forme posée avec douceur, presque drapée dans le paysage, à la fois ancrée et légère.

Nourri d’une sensibilité d’inspiration japonaise, le projet s’inscrit dans une lecture nordique du rapport entre architecture et territoire. Le climat et le relief ne sont pas perçus comme des contraintes, mais comme des éléments constitutifs du projet, intégrés dès l’origine dans son écriture.

La relation entre intérieur et extérieur ne se limite pas à de larges ouvertures sur le paysage. La maison propose une continuité spatiale réelle, où les espaces extérieurs couverts occupent une surface presque équivalente à celle des pièces intérieures. On ne sort pas vraiment dehors : on passe d’un espace tempéré à un espace ventilé, toujours sous protection, dans un dialogue constant avec le sous-bois.

Même les fonctions les plus ordinaires participent à cette logique. L’abri pour la voiture n’est pas un garage fermé, mais un volume couvert et disponible. En l’absence du véhicule, il devient terrasse ou espace libre, prolongeant l’idée d’une maison qui privilégie les lieux habitables aux surfaces strictement closes.

Le porte-à-faux longitudinal répond à une logique d’implantation précise. En suspendant la maison dans la pente, l’excavation a été réduite au minimum, limitant l’impact sur les racines des arbres matures. Cette projection crée une coursive périphérique et, côté jardin, une bande abritée face à la piscine : un espace intermédiaire, ni tout à fait intérieur ni totalement extérieur.

À l’intérieur, la sensation d’ampleur repose sur un travail subtil de la perception. Les plafonds hauts et le bandeau vitré en partie supérieure détachent les cloisons de la toiture, laissant circuler la lumière et le regard d’une pièce à l’autre. Les débords de toit filtrent le soleil d’été et laissent entrer la lumière hivernale, maintenant une atmosphère lumineuse sans éblouissement.

La matérialité prolonge cette rigueur par une palette restreinte et précise. L’épinette du nord du Québec habille les intérieurs d’une chaleur continue, tandis qu’à l’extérieur, le cèdre rouge et le cèdre blanc se partagent les rôles structurels et enveloppants. Les éléments d’ébénisterie sur mesure, entre masse et finesse, affirment un vocabulaire où le bois domine sans alourdir l’espace.

Perchée agit ainsi comme un observatoire discret de la forêt : une habitation qui trouve son équilibre en épousant la pente plutôt qu’en la corrigeant.

Architecte : Matière Première Architecture
Photos : Ian Balmorel